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L’esprit de communauté (de pratique)

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par Isabelle Grégoire, présidente et fondatrice de Classo

Mes rencontres et mes conversations avec des enseignant(e)s, des conseillers(ères) pédagogiques, des directions et des gestionnaires scolaires m’ont menée au constat suivant : il y a énormément d’initiatives intéressantes mises de l’avant par des pédagogues innovant(e)s et des leaders engagés, partout dans nos écoles. Plein d’outils, de guides, de tutoriels, d’activités qui sont créées et imaginées. Beaucoup de temps passé à faire de la veille, des recherches, des essais et des expérimentations. Tout ce travail mériterait tellement d’être plus largement partagé!

Très tôt, il s’est avéré clair qu’une plateforme comme Classo offrait tout le potentiel pour devenir un espace d’échange, de partage et de mutualisation des bonnes pratiques. Plusieurs idées ont été évoquées dès les premières étapes de développement par les membres de l’équipe, emballés par la perspective d’une Communauté Classo, un Quora des ressources éducatives!

Ce besoin a d’ailleurs été confirmé par les enseignant(e)s dans les commentaires que nous avons reçus à la suite de nos projet pilotes. Nous avons donc rapidement développé une fonctionnalité pour permettre aux utilisateurs de Classo de publier des suggestions d’utilisations pédagogiques d’une ressource numérique. Cette fonctionnalité est d’ailleurs déjà disponible.

Le potentiel de Classo en tant que communauté de pratique a également fait l’objet d’une recherche d’un étudiant à la maîtrise en Technologie de l’Éducation de l’Université Concordia : Growing Classo With a Kwnoledge Management Approach (Bâtir Classo sur une approche fondée sur la gestion des connaissances).

Puisque la recherche demeure un des piliers sur lesquels se fonde la vision derrière Classo, avec les besoins du milieu de l’éducation et l’innovation technologique, je vous partage un extrait de son travail. Celui-ci positionne Classo en tant que communauté de pratique et résume parfaitement l’approche que nous envisageons pour développer cet aspect de la plateforme.

GROWING CLASSO WITH A KNOWLEDGE MANAGEMENT APPROACH

Recherche de Sal Costanzo
Diplômé du programme de maîtrise en Technologie de l’Éducation, Université Concordia

J’ai rencontré Isabelle Grégoire en octobre 2018, lors d’un événement sur l'éducation organisé par LEARN Québec. Nous venions d’assister à de courtes présentations données par des enseignant(e)s au sujet de leurs ressources numériques préférées. J’ai alors mentionné à Isabelle qu'en tant qu'enseignant, toutes ces applications avaient l’air bien intéressantes, mais qu’il en existe beaucoup trop! Comment choisir ce qui va me convenir? Elle m’a alors répondu qu’elle travaillait justement au développement d’une plateforme pour résoudre ce problème précis. Quelle coïncidence!

Elle m’a présenté Classo comme étant « une plateforme où les enseignant(e)s et les professionnel(les)s de l’éducation peuvent facilement trouver des ressources pédagogiques numériques de qualité qui répondent à leurs besoins, en tenant compte de tous les éléments du contexte d'enseignement. » Les utilisateurs définissent leur profil en précisant un certain nombre de paramètres (niveaux, matières, appareils, plateformes…), puis le moteur de recherche de la plateforme leur propose des ressources qui répondent à ces critères. En cliquant sur une ressource, on peut consulter sa description et des liens vers des informations complémentaires, aidant ainsi les enseignant(e)s à prendre une décision éclairée et en peu de temps.

En tant qu'enseignant, j'ai tout de suite compris l'intérêt, mais il manquait quelque chose… La plupart des ressources numériques que j'ai utilisées en classe m'ont été référées par un collègue de confiance qui pouvait attester de son efficacité. Lorsque je consulte Classo, je trouve facilement de nouvelles ressources, mais comment puis-je trouver des conseils et des suggestions pour les utiliser efficacement? Isabelle et son équipe avaient déjà identifié cet enjeu. Il restait à mettre en place une façon de recréer cette expérience et de pouvoir y retrouver des recommandations ainsi que des suggestions les pairs.

Quelques mois après ma rencontre avec Isabelle, j'ai commencé un cours de troisième cycle en gestion de la connaissance (Knowledge Management). En plongeant dans la littérature, j'ai été frappée par son ampleur, qui semblait toucher tous les aspects de la vie du XXIe siècle. Décrit par Girard & Girard (2015) comme « le processus de création, de partage, d'utilisation et de gestion des connaissances et de l'information dans les organisations ». Au fur et à mesure que je découvrais les nombreux problèmes examinés par cette discipline et leurs solutions, j’ai été surpris de constater à quel point certaines des approches étaient précises. En outre, j'ai été impressionné par le fait que, même si les problèmes liés à la gestion et à la diffusion des connaissances persistent, l’apport du numérique et ses capacités ont permis de résoudre plusieurs enjeux complexes.

Finalement, j'ai découvert des recherches sur l'importance de créer des communautés de pratique « pour aider à créer un environnement dans lequel le savoir peut être créé et partagé… » (Probst & Borzillo, 2008, p. 336) et sur le rôle que le développement de la confiance joue dans ce processus. Le lien avec Classo et au besoin de créer, sur la plateforme, communauté dans laquelle les enseignants à la recherche de nouvelles ressources pourraient également envisager de proposer des conseils et partager de bonnes pratiques sur les ressources qu'ils utilisent était évident.

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Classo en tant qu’organisation de partage de connaissances

Mes premières lectures sur la gestion des connaissances, le partage des connaissances (Knowledge Sharing) et les communautés de pratique (CoPs) m'ont amené à qualifier Classo « d’organisation de partage des connaissances » (Knowledge Sharing Company). De mon point de vue, Classo se dédie en effet à la collecte de connaissances au bénéfice de sa communauté d’utilisateurs, mais propose également une plateforme sur laquelle la communauté peut générer ses propres connaissances, qui sont ensuite partagées avec tous. En définitive, l’objectif d’une KSC est de fournir un accès à un « savoir transmissible dans un langage formel et systématique », ainsi qu’un savoir tacite « qui a une qualité personnelle, ce qui rend plus difficile la formalisation et la communication (Nonaka, 1994). , page 16) », tout en aidant à partager les meilleures pratiques et à améliorer la pratique globale de la communauté. Pourtant, lorsque j'ai commencé à approfondir la littérature, j’ai réalisé que la plupart des recherches étaient plutôt centrées sur le partage des connaissances au sein d'une organisation ou au sein d'entreprise, et non à cette idée d'une entreprise dédiée au partage de connaissances avec une communauté.

La gestion des connaissances

Selon Cheng (2015, p. 71), « la gestion des connaissances est une stratégie de gestion qui utilise les informations et les connaissances pour améliorer les performances, la gestion et les opérations de l'entreprise. » Classo est une organisation qui vise à collecter et gérer des informations sur les ressources éducatives numériques afin de proposer aux enseignant(e)s des outils de qualité qui répondent à leurs besoins. Actuellement, la recherche de nouvelles ressources numériques se fait le plus souvent par le bouche à oreille. Le système de gestion de Classo propose donc une stratégie plus structurée à l’usage des enseignant(e)s.

Le partage des connaissances

Hung décrit le partage des connaissances comme « la notion d'échange de connaissances entre des personnes appartenant à une communauté ou à une organisation (comme cité dans Hafeez, Foroudi, Nguyen et Gupta, 2019, p. 406)». Classo souhaite dépasser le simple système de gestion des connaissances ou base de données, afin de fournir un lieu où les enseignant(e)s peuvent réellement échanger des connaissances et des meilleures pratiques.

Communautés de pratique

À l’instar de plusieurs définitions et discussions autour de la gestion des connaissances et du partage des connaissances, les communautés de pratique en tant « qu’outils sociaux permettant de se connecter, d'engager et de partager des connaissances au sein d'organisations » (Jagasia, Baul et Mallik, 2015, p. 1). ), reposent souvent sur l’utilisation et la création de ces systèmes au sein des organisations. Puisque que Classo, en tant qu’organisation de partage des connaissances, crée un pont entre les enseignants et les éditeurs de ressources, on peut considérer un modèle de Cross-Organizational Community of Practice (COCoP) ou communauté de pratique interorganisationnelle.

COCoP

La plupart de la littérature sur les CoPs tend à se concentrer sur le développement intra-organisationnel pour des raisons pratiques. Cette recherche est souvent destinée à soutenir la croissance et le progrès des entreprises en tant qu’entités sur des marchés très concurrentiels. Ce contexte nécessite que les avantages concurrentiels soient développés au sein des entreprises et ne soient pas partagés. Pourtant, dans de nombreux cas, le partage des connaissances, même au sein d'un secteur concurrentiel, est avantageux. Walter Powell (1998) a décrit, il y a plus de 20 ans, la prise de conscience, dans les industries biotechnologique et pharmaceutique, de la nécessité de « liens interorganisationnels » afin que « les organisations combinent leurs compétences existantes avec les capacités des autres ». Dans les secteurs fondés sur la recherche et des sur des approches complexe, la nécessité de partager les connaissances devient ainsi plus grande.

En dehors des industries concurrentielles traditionnelles, comme par exemple en éducation, les COCoPs sont encore plus viables et nécessaires. Au cours des dernières années et avec l’arrivée du numérique, les enseignant(e)s ont dû constamment redéfinir leur travail et leurs approches d’enseignement. Sur le plan du contenu, l’ère des manuels scolaires en tant que source unique est révolue. L’accès à des bases de données remplies de centaines de revues savantes, les nouvelles de l’actualité mondiale en temps réel et en continu, un nombre grandissant de créateurs de contenu de source ouverte (open source) -- bien qu'il faille toujours mieux en assurer la validité -- est désormais la norme. Pour ce qui est de l’enseignement lui-même, lire à haute voix à partir d'un livre et projeter un diaporama sur un écran est désormais considéré comme préjudiciable à l'apprentissage des élèves. On préconise maintenant les expériences constructives de création et de collaboration réalisées sur une tablette. Un enseignant qui souhaite suivre à ce nouveau paradigme en constante évolution aura besoin d'aide.

Selon Smith-Risser (2013), « avec l'avènement d'Internet, de nombreux enseignant(e)s se sont tournés vers les médias sociaux pour étendre la portée de leurs réseaux d'apprentissage professionnel et adopter le modèle de réseau social à cette fin ». Ce mouvement a été de plus en plus documenté au cours des dernières années avec les travaux de Coleman, Rice et Wright (2018) documentant l'intérêt spontané des enseignant(e)s pour Twitter, l'exploration des enseignant(e)s de biologie de l'Ontario par Kajiura et all (2014), et de nombreux autres, décrits plus en détails dans la revue de littérature de Saifuddin et Strange (2016) sur les CoPs en ligne impliquant des enseignant(e)s. Ils sont de plus en plus présents en ligne pour partager leurs connaissances et les meilleures pratiques afin de pouvoir suivre le rythme de la transformation numérique. Classo peut alors fournir une plateforme pour ces mêmes enseignant(e)s très engagés qui acquièrent des connaissances et se connectent avec leurs pairs pour partager leurs connaissances au sujet des ressources numériques.

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Bâtir la communauté Classo

Bâtir la communauté de Classo prendra assurément un certain temps, comme pour toutes les communautés fortes. En créant un environnement qui tienne compte des besoins des utilisateurs, en offrant la possibilité de créer des liens et d'apprendre de ses pairs, puis en misant sur la crédibilité et la confiance, Classo pourra se distinguer en tant que communauté de pratique pour le milieu de l’éducation. Isabelle et moi avons eu la chance de regarder des enseignant(e)s présenter avec passion leurs applications préférées, en plein samedi, pendant des heures fort probablement non rémunérées. Les enseignant(e)s veulent et ont besoin de tout ce que Classo peut offrir. Il faut maintenant les inviter et de leur donner l’envie de partager.

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