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L’utilisation judicieuse des technologies : les implications pour les gestionnaires scolaires et les directions d’école

Par Fannie Rivet

(article 2 de 3)

Favoriser une utilisation judicieuse de la technologie est véritablement au coeur de la démarche et de la mission de Classo. Mais qu’est-ce que ça signifie au juste? Le présent billet de blogue, deuxième d’une série de trois, vous propose une réflexion sur la question et s’attarde aux implications pour les directions d’école, les gestionnaires scolaires et les répondants TIC.

Vous n’avez pas encore lu le premier article de blogue sur l’utilisation judicieuse des TIC pour les enseignants? C’est par ici.

La parution du Cadre de référence de la compétence numérique par le gouvernement a ranimé un débat qui perdure depuis le début des années 2000: quelle place doit-on donner aux technologies de l’information et de la communication à l’école?

En 2019, l’heure n’est plus à la timidité quant à l’utilisation des outils technologiques à l’école. Avec l’avènement de l’ère numérique, la société a connu un bouleversement de ses pratiques, au point où on ne considérerait plus soutenables la gestion des dossiers médicaux, la tenue de compte d’une entreprise ou le classement des livres d’une bibliothèque sans le numérique. Puisque ce virage technologique a été fait depuis plus de vingt ans maintenant, l’école a dû s’adapter pour tenir compte de cette révolution des pratiques. L’une des missions de l’École québécoise étant de qualifier les élèves pour le marché de l’emploi de demain, ce serait un non-sens d’éviter l’utilisation de la technologie pendant les douze premières années de scolarité des enfants.

Dans le débat sur l’utilisation des TIC à l’école, les gestionnaires des commissions scolaires et les directions d’école se retrouvent dans une position délicate, car ils tiennent les cordons de la bourse et doivent prendre des décisions pour des centaines d’enseignants et des milliers d’élèves. Ainsi tiraillés entre les modes, les besoins, les restrictions et les demandes, on devine que chaque investissement dans l’achat de ressources numériques est un pari qu’on espère justifié. Prendre des décisions éclairées est crucial pour un gestionnaire de l’éducation, mais comment s’assurer d’une utilisation judicieuse des outils pédagogiques numériques?

Les leaders pédagonumériques, ces avant-gardistes de l’éducation

Les gestionnaires branchés savent qu’il faut rester à l’affût des recherches en éducation parce que les nouvelles ressources disponibles sur le marché cherchent habituellement à combler des lacunes, à offrir de nouveaux services ou de nouvelles possibilités pour répondre aux besoins des utilisateurs – que ce soient les enseignants ou les élèves. Il est donc important de bien s’informer sur les nouveaux produits disponibles sur le marché. Le risque encouru en suivant les modes plutôt que la recherche est d’investir dans des équipements et des logiciels onéreux qui ne répondront pas forcément aux besoins des élèves, qui n’optimiseront pas les apprentissages et ne feront pas croître la motivation des élèves. Si les choix les plus judicieux sont ceux qui sont soutenus par des données probantes, force est de constater que les recherches objectives concernant les nouveaux outils numériques demeurent rares, car elles sont coûteuses à produire et exigent parfois plusieurs années avant d’être rendues publiques. Pour vous tenir à jour à propos des recherches sur le numérique en éducation, explorez ce dossier du RIRE sur l’utilisation des ressources numériques ou l’incontournable bibliothèque du CTREQ recensant les plus récentes recherches sur les TIC à l’école.

Outre la recherche d’information, un autre souci grandissant pour les leaders technologiques concerne la sécurité des données et l’accès aux informations personnelles. Martin Cisneros, un spécialiste des technologies éducatives de Californie, et Traci Bonde, la directrice des technologies de l’apprentissage d’une école de cet état, ont rencontré EdSurge pour discuter de ce phénomène. Les deux s’entendent pour dire que la sécurité des informations partagées par les élèves est primordiale dans le choix d’une ressource numérique. Pour eux, il faut développer chez les enseignants le réflexe d’aller valider si les outils qui les intéressent répondent bien aux lois de confidentialité qui encadrent l’éducation des jeunes. Les inquiétudes soulevées récemment dans les médias, notamment dans cet article de La Presse, concernant l’utilisation de l’application FaceApp, est une exemple démontrant que les conditions d’utilisation de certaines applications manquent parfois de transparence et de clarté.

Outre la recherche constante d’informations et le besoin d’être toujours à l’affût des nouvelles innovations, l’un des grands défis des leaders pédagonumériques concerne la gestion du changement dans leur milieu. Un exemple souvent cité sur cette question est la fameuse métaphore du crayon. Celle-ci illustre bien les différentes réactions aux changements.

Il y aura toujours des personnes qui seront confortées dans leurs manières habituelles de faire. D’autres seront carrément récalcitrants au changement. C’est pourquoi l’innovation a besoin de leaders. Comment exercer un leadership pédagonumérique? Si maints articles pourraient être rédigés sur le sujets, le webinaire suivant, réalisé en collaboration avec le RÉCIT et Cadre 21, propose des pistes intéressantes.

Le casse-tête de la gestion des licences

Qu’elles soient achetées par une commission scolaire ou au niveau des écoles, on cherche à éviter de payer des licences pour des outils numériques qui ne seront pas utilisés. De récentes études parues aux États-Unis démontrent que jusqu’à 35% des licences achetées pour des ressources numériques ne sont même jamais activées. D'abord, il y a cette étude de LearnPlatform, publiée dans EdWeek Market Brief. Puis, paru en mai dernier, K-12 Districts Wasting Millions by Not Using Purchased Software..., rapporte les résultas d'une étude menée par Glimpse K12 selon lesquels jusqu'à 67% des licences restent non-utilisées. Cela représente un gaspillage énorme! À l’heure où les besoins financiers en éducation sont grands, il s’agit d’un enjeu majeur. C’est pourquoi les commissions scolaires et les écoles doivent mettre en place des moyens pour recevoir une rétroaction sur l’utilisation réelle des ressources mises à la disposition des enseignants.

Pour s’assurer d’une utilisation optimale de l’ensemble de ces ressources numériques, les commissions scolaires doivent offrir régulièrement des formations sur une variété de sujets et d’outils différents. Or, au-delà de ces formations, il faut également assurer un suivi quant à la mise en pratique des nouvelles compétences et des nouvelles connaissances. Tout comme les enseignants envers leurs élèves, les commissions scolaires ne peuvent tenir pour acquis que les enseignants sont tous des experts du numérique. Prenons un exemple simple : si presque personne aujourd’hui ne remettrait complètement en question l’utilisation de la suite Office, bien peu exploitent à leur plein potentiel les outils proposés. Saviez-vous qu’il est possible de créer des cours interactifs grâce à Sway? Ou qu’on peut utiliser les Blocs notes comme espace de travail collaboratif?

Le rôle des directions d’école pour identifier les besoins spécifiques de leur milieu et les projets particuliers

Les directions d’école se retrouvent directement au cœur de l’action avec la « clientèle » d’élèves aux besoins spécifiques et particuliers. Le sujet de l’utilisation judicieuse des TIC est pour eux encore plus épineux, étant donné qu’ils doivent accorder le projet éducatif et la vision de l’école aux ressources numériques disponibles et fournir des services, du matériel et des équipements à la clientèle spécifique fréquentant leur établissement.

La direction à l’affût des différents besoins sera toujours en processus d’évaluation pour savoir si toutes les ressources offertes sont utilisées de manière optimale. Que ce soient les robots, les ordinateurs, les iPads ou autres, pour montrer une cohérence, une continuité et une constance dans les approches pédagogiques, il faut utiliser ces outils à leur plein potentiel, les garder à jour et les remplacer lorsqu’ils ne font plus l’affaire. Le matériel désuet nuit aux apprentissages.
Le rôle le plus important de la direction d’école en matière de TIC est peut-être celui de communicateur, en ce sens où elle transmet l’information sur les technologies disponibles ainsi que les prochaines formations, mais elle doit aussi s’informer sur ce que les enseignants utilisent réellement et offrir des solutions à ceux qui recherchent une ressource particulière. En instaurant des moyens de communication efficaces permettant de partager les outils efficaces entre toutes les intervenantes et tous les intervenants de son établissement et en rappelant constamment l’importance d’utiliser la technologie pour soutenir des intentions pédagogiques claires, la direction d’école demeure un leader clé de la transformation numérique de son milieu.

Avoir un plan de match

En résumé, pour faire des choix judicieux en matière de ressources numériques, les gestionnaires doivent bien sûr s’informer sur les produits (à la fois ceux utilisés par les enseignants et ceux trouvés sur le marché) et former l’ensemble des intervenants sur leurs utilisations pédagogiques. Cependant, avant d’arrêter leur choix sur une ressource numérique, avant même d’explorer le marché à la recherche de la perle rare des outils technologiques, les gestionnaires scolaires, et les directions d’école plus précisément, devraient avoir élaboré un plan numérique qui soit en adéquation avec les objectifs éducatifs. Définir des objectifs clairs et mesurables, des problématiques précises, des besoins, des budgets et des échéanciers contribuera au succès de l'intégration de nouvelles technologies dans un milieu scolaire. C’est ainsi que le numérique pourra être mis au service de l’enseignement et au bénéfice de la réussite scolaire.

Revenez bientôt lire notre troisième et dernier article de cette série : l'implication pour les élèves.

 

Pour explorer davantage :

Conférence TED de Simon Sinek Why Good Leaders Make You Feel Safe.

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