C’est bien beau le numérique, sauf que…

« On n’est jamais sûr d’un trésor dont on n’a pas seul la clé. »
Jean-Napoléon Vernier, Les fables, pensées et poésies, (1865)

La création d’un service comme Classo serait impensable sans la contribution d’enseignants et d’enseignantes. Je profite donc de l’occasion pour remercier tous ceux et celles qui, depuis les huit derniers mois, ont accepté généreusement de participer à des entretiens et des rencontres, qui nous font part de leurs commentaires et suggestions, qui suivent Classo sur les réseaux sociaux, qui lisent notre infolettre ou ce blogue.

Au cours d’une récente conversation, une amie enseignante me racontait qu’un de ses collègues, enthousiaste, avait demandé à sa direction de faire l’achat d’une licence école pour une ressource numérique populaire. La demande a été acceptée, mais au bout du compte, seulement quelques professeurs ont utilisé la ressource en question. Pourquoi? Parce que la majorité des enseignants ont conclu que cet outil ne répondait pas à leurs besoins.

Groupe d'enseignantes de l'école Joseph-De Sérigny

Marie-Lyne, Karine, Martine, Roxanne et Marie-Ève de l’école primaire Joseph-De Sérigny m’ont récemment accueillie pendant l’heure du dîner pour jaser.

Je me suis dit que ce n’était certainement pas là un cas isolé. J’ai donc profité d’une rencontre avec un petit groupe d’enseignantes de l’école primaire Joseph-De Sérigny pour en savoir plus.

Je leur ai posé la question : « Qu’est-ce qui fait en sorte que vous ou votre école, cessiez d’utiliser une ressource numérique? » Les principales raisons invoquées ont été les suivantes :

 

 

 

 

 

 

1. Le produit ne fonctionnait pas correctement avec le matériel informatique à leur disposition, le plus souvent à cause d’un manque de matériel, de sa désuétude, mais aussi pour des raisons de compatibilité.

« Nous avons accès à des activités interactives avec certains de nos manuels, mais elles ne fonctionnent ou fonctionnent mal sur nos tableaux! Alors, on ne les utilise pas. »

2. La politique budgétaire ou le prix du produit avaient changé. Marie-Lyne raconte :

« Il y avait Brain Pop, qui était vraiment génial. Je l’utilisais tout le temps en science. Maintenant, c’est devenu payant, et c’est très cher. On s’était informées en début d’année. On voulait se le payer pour l’école, mais finalement on a laissé tomber, parce qu’il y a eu une coupure budgétaire… »

– « Le prix n’avait aucun sens pour une école! »

3. Le produit ne convenait pas à leurs besoins ou ceux de leur classe. Karine précise :

« Il y a des choses intéressantes qui se font du côté français, mais ça ne fonctionne pas toujours avec nos équivalences ici… »

En fouillant davantage la question, je suis tombée sur un article publié dans EdWeek Market Brief selon lequel, aux États-Unis, en 2017, 35% des licences d’utilisation achetées pour des ressources numériques n’ont jamais été activées. Ça représente un gaspillage énorme!

Alors qu’on s’enthousiasme devant les opportunités qu’offrent les nouvelles technologies en éducation et qu’un nombre grandissant d’applications, de sites Internet et d’outils numériques sont désormais disponibles, n’est-il pas nécessaire de s’assurer que ces ressources soient utilisées de façon optimale ? Pour reprendre l’analogie de la chasse aux trésors des articles de blogue précédents, à quoi sert de découvrir des trésors anciens s’ils ne sont pas ensuite mis en valeur?

Quoi qu’il en soit, il y a encore beaucoup à faire pour atteindre une utilisation efficace des ressources numériques.

Les enjeux sont grands et tiennent à la fois des contraintes budgétaires, des politiques, des modèles d’affaires, du matériel informatique disponible, des infrastructures de réseau, des informations disponibles au sujet des produits, des données et des recherches au sujet de leur efficacité à faciliter les apprentissages et à favoriser le succès des élèves. Le processus de décision entourant le choix d’une ressource numérique devrait aussi tenir compte du contexte de chaque enseignant, de ses besoins, de son style d’enseignement, des stratégies pédagogiques qu’il préconise et des besoins de ses élèves.

Mais avant tout, il faut fournir aux enseignants(es) ainsi qu’aux élèves du matériel informatique convenable. Le plan d’action numérique en éducation annoncé récemment par le MEES prévoit des solutions pour palier à cette problématique et s’attaquer ainsi la fracture numérique en éducation. Au-delà des politiques, des solutions créatives sont mises de l’avant dans certains milieux pour relever ce défi. Je vous en reparle !

Partagez vos expériences et vos suggestions sur l’utilisation de ressources numériques.

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